Author: Jean Winand

L’anglais à l’université


Le 24 juillet paraissait dans Le Monde une carte blanche signée de deux collègues canadiens qui s’inquiétaient de la place grandissante de l’anglais dans l’enseignement supérieur des pays non anglophones . Ou plutôt, comme le titre de l’article le suggère, les auteurs entendaient plutôt mettre l’accent sur la défense et la promotion de la langue française.

Depuis plusieurs décennies, en fait depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la place de l’anglais dans les échanges internationaux n’a cessé de croître. La politique, l’économie, le sport, le divertissement, tout semble aujourd’hui passer par l’anglais.

Première réflexion, faut-il s’en étonner ? Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de l’humanité, c’est-à-dire il y a environ cinq mille ans (les sources écrites ne vont guère au-delà), on constate qu’il y a toujours eu une langue dominante, ayant une utilisation dépassant – parfois largement – le cadre géographique de ses locuteurs naturels. L’accadien, idiome issu de la Mésopotamie, joua un temps ce rôle au Proche-Orient, puis ce fut le tour de l’araméen, du grec, du latin, du français, aujourd’hui de l’anglais. Ailleurs, le chinois, ou plus exactement l’écriture chinoise, est un vecteur de communication entre des peuples qui ne s’expriment pas tous en chinois.

On comprendra aisément qu’un être humain ne peut maitriser des dizaines, a fortiori des centaines de langues. Disposer d’une langue commune – une lingua franca – pour favoriser les échanges est donc une solution simple, adoptée naturellement un peu partout dans le monde.

Comment le choix de cette langue commune s’opère-t-il ? Il y a bien sûr des raisons politiques. La lingua franca a souvent été la langue des dominants. C’est particulièrement clair dans le cas de l’anglais ou du latin au temps de l’Empire romain. Mais ce n’est pas toujours aussi simple. L’accadien s’est imposé au Proche-Orient à un moment où la Mésopotamie n’était pas un leader politique. Le grec a joui d’une audience suprarégionale à l’époque romaine alors qu’il était la langue des vaincus. Le français au XVIIIe siècle s’est imposé dans toutes les cours d’Europe alors même que son prestige politique était fort diminué. Même la campagne de Russie de 1812 n’a pas réussi à en bannir l’usage au sein de l’aristocratie russe, quand bien même on constate un certain reflux. Bref, des considérations autres que politiques, comme l’aura culturelle ou le dynamisme économique, peuvent jouer en faveur du statut d’une langue.

La domination de l’anglais dans le monde contemporain comporte toutefois des caractéristiques propres qu’on ne retrouve pas forcément avec d’autres langues aux époques antérieures. En effet, les langues ayant bénéficié d’un statut international comme le grec en Europe occidentale au temps de l’Empire romain, ou le français dans toute l’Europe, ne concernaient le plus souvent que l’élite, l’aristocratie et la grande bourgeoisie. Le peuple ne parlait, au mieux, que la langue nationale, le plus souvent le patois local. Aujourd’hui, notamment grâce aux moyens de communication modernes, l’anglais a réussi un taux de pénétration que l’accadien ou l’araméen n’eurent jamais en Égypte ancienne, que le grec n’atteignit jamais à Rome, et que le français n’eut évidemment jamais dans les campagnes de Silésie, de Moravie ou de Sibérie.

Seconde réflexion. Est-ce grave ? Je serai tenté de répondre à la fois oui et non. Tout dépend en effet de l’usage qu’on réserve d’une part à la langue internationale – quelle qu’elle soit – et de l’attention qu’on porte aux autres langues, la sienne d’abord, et puis celles qui nous entourent.

Il importe ici de faire une distinction forte entre ce qu’on appellera une langue de communication et une langue de culture. Pour cette part de l’humanité qui n’est pas anglophone, l’anglais est une langue de communication. Son rôle est essentiellement de permettre la circulation plus ou moins aisée d’informations, sans trop de distorsion. D’une certaine manière, au mieux le code en est-il univoque, au mieux cela fonctionne dans les échanges internationaux. La conséquence est l’émergence d’un anglais basique, pas toujours très élégant, au vocabulaire sans doute assez limité, avec une syntaxe et un style relativement simples à acquérir. Dans le pire des cas, les locuteurs venant d’horizons linguistiques différents en sont réduits à s’exprimer dans une bouillie linguistique qu’on désigne généralement sous le nom de globish.

Il va sans dire qu’il est impossible avec un tel medium de construire un énoncé un tant soit peu subtil. Pour cela, il faut faire appel à une langue de culture (ce que l’anglais est évidemment pour les anglophones), c’est-à-dire à une langue jouissant de toutes ses capacités de communication, riche de sa littérature, de son passé multiséculaire, une langue qui est le résultat d’une lente et longue sédimentation, enrichie d’apports extérieurs, complexe dans ses registres d’expression, dans la polyphonie de son lexique, une langue enfin qui, par ses ressources propres, permet à ses locuteurs de penser pleinement et d’imaginer l’avenir.

Depuis la fin du siècle dernier, on sent une poussée dans les universités non anglophones à adopter l’anglais en tout ou en partie. Les raisons évoquées sont bien connues, qui peuvent se résumer comme étant les conséquences de la mondialisation. La littérature scientifique étant majoritairement en anglais – du moins dans certains domaines – il est nécessaire de maîtriser cette langue pour y avoir accès. Dès lors, mieux vaut écrire soi-même en anglais si l’on veut être lu. Par conséquent – ainsi va le raisonnement –, il n’est pas plus mal de faire les cours en anglais, ce qui aura comme double avantage de mieux préparer les étudiants locaux et d’attirer les étudiants étrangers qui ne se déplaceraient pas pour suivre un cursus en italien, en français, en espagnol ou en polonais.

Certains pays ont été plus militants que d’autres dans cette marche forcée vers le tout à l’anglais. Si les pays scandinaves sont réputés pour leur maitrise de la langue de Shakespeare, cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont définitivement renoncé à leurs langues nationales, qui restent présentes dans l’enseignement supérieur. En revanche, plusieurs universités néerlandaises ont souhaité aller plus loin dans ce qui apparaît pourtant aux yeux de certains comme un processus d’acculturation. On y est en effet passé d’une politique par défaut de l’enseignement en « néerlandais, sauf si » à en « anglais, sauf si ». Les conséquences en sont le dépérissement du néerlandais en tant que langue scientifique et une perte de communication entre les élites et la population dans certains domaines techniques.

Sans surprise, ce sont les pays où la langue nationale jouit (encore) d’un prestige fort sur le plan international que la résistance est la plus forte. L’espagnol, dont l’influence est majeure en Amérique latine et jusque dans certains États des États-Unis, et le français sont aux avant-postes. Leur attitude oscille entre un certain pragmatisme, qui reconnaît les contraintes du monde globalisé, et un sentiment de fierté nationale, dont la défense de la langue est une des composantes. Dans les universités francophones, l’anglais s’est tranquillement installé, une progression lente, mais régulière, balisée dans la plupart des pays par une réglementation sur l’emploi des langues dans l’enseignement. Dans les laboratoires de recherche – toutes disciplines confondues il faut le souligner –, l’anglais s’est imposé dès lors que les équipes sont formées de chercheurs venant d’horizons linguistiques différents, ce qui est généralement le cas.

Dans l’enseignement, les choses sont plus complexes. La demande est forte pour offrir des cursus totalement en anglais (full English). Elle est soutenue de multiples parts : les étudiants tout d’abord (et leurs parents), qui y voient un bénéfice pour leur parcours professionnel, par les membres de l’université ensuite, notamment ceux qui maîtrisent mal le français et qui doivent dispenser un enseignement, les autorités universitaires aussi qui y voient la possibilité d’augmenter le recrutement des étudiants internationaux et d’accroitre l’attractivité de leur établissement pour les chercheurs et les enseignants. Cerise sur le gâteau, la généralisation de l’anglais à tous les étages permettrait certainement de gagner quelques places dans les rankings internationaux, dont les modèles de référence sont très largement dictés par le monde anglo-saxon. Le monde politique, enfin, poussé en cela par les milieux économiques et industriels, est favorable à une ouverture grandissante vers l’anglais, même s’il est un peu gêné aux entournures par une posture en faveur de la défense du français, évidemment plus perceptible en Belgique francophone pour les raisons que l’on sait.

Alors que penser de tout cela ? La voie que l’on devrait suivre est nécessairement étroite, difficile et intellectuellement exigeante. Elle passe par un plurilinguisme bien compris. Le tout à l’anglais offre une réponse simple à une question complexe. De même que le langage de la mathématique est universel, sans perte de compréhension pour ceux qui le maitrise, de même l’anglais serait pour certains la forme de communication universelle, procurant des avantages similaires. Grave erreur. Ce serait en effet confondre un moyen de communication logique – ce qu’est la mathématique – avec une langue de communication à vocation suprarégionale, comme l’anglais. Les lubies des philosophes du Siècle des Lumières sur la langue ou l’écriture universelle sont là pour nous le rappeler. Mais on ne guérit aussi aisément du mythe de Babel ! Deuxième conséquence, la généralisation d’une seule langue amènerait immanquablement un appauvrissement de la pensée. En effet, la manière de penser est en partie formée par le medium linguistique. Toute perte de diversité linguistique contribue à une uniformisation et donc une banalisation de la pensée. Avec la diffusion d’une langue, se répand aussi une culture qui tend à gommer et à niveler les cultures sur lesquelles elle s’impose. C’est en cela qu’on peut dire d’une langue qu’elle est impérialiste.

Les systèmes d’évaluation de la recherche et de l’enseignement n’ont déjà que trop la propension à diffuser et donc à appliquer partout les mêmes standards. Cela touche les thèmes de recherche – pour certains domaines, partout les mêmes – et les méthodes de recherche qui tendent à suivre des protocoles uniformément définis. Bref, tout cela pourrait à terme générer une recherche et un enseignement terriblement ennuyeux, ternes, gris, insipides.

En ces matières comme en d’autres, il faut préserver de la diversité. La langue peut y contribuer puissamment par sa capacité à évoquer et générer des espaces mentaux différents. Bien sûr, dans le monde contemporain, l’anglais s’est imposé comme le moyen de communication par défaut. Prenons-le donc pour ce qu’il est. Un peu comme le permis de conduire pour les voitures. Il faut bien l’avoir, mais dans beaucoup de professions, il faudra en plus acquérir un autre type de permis pour conduire d’autres véhicules. Cultivons donc notre langue, c’est une de nos richesses. Contrairement à ce qu’on pourrait croire un peu vite, des étudiants étrangers sont encore attirés par la possibilité de faire des études en français plutôt que de suivre un programme passe-partout en anglais. Plutôt que le fast food linguistique globalisé, certains préfèrent la langue du terroir. Elle a incontestablement plus de saveur.

Et puis intéressons-nous aussi à d’autres langues, à toutes les langues, celles qui nous entourent en Europe pour commencer, et puis les autres. Apprendre une langue, c’est aussi se familiariser avec la culture de l’autre. C’est aller au-delà de la barrière superficielle que donne le faux sentiment de familiarité de deux individus qui baragouinent un peu d’anglais.


Frédéric Mérand & Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, Francophonie : « Québécois et Européens doivent soutenir le français à l’université », dans Le Monde, 18 juillet 2021

Des musées à l’Université ! Quelle drôle d’idée !

On ne le sait sans doute pas assez, mais comme beaucoup d’autres institutions d’enseignement supérieur de par le monde, l’Université de Liège abrite en son sein des collections ayant une valeur patrimoniale remarquable. Et cela dans tous les domaines de la science : botanique, minéralogie, paléontologie, tératologie animale, anatomie humaine, insectes, histoire des techniques, histoire naturelle au sens large, mais aussi préhistoire, papyrologie, épigraphie, histoire de l’art, sans oublier notre réserve précieuse de manuscrits, incunables et imprimés des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.

On pourrait se demander ce qui pousse les institutions universitaires à consacrer des moyens parfois importants en infrastructures et en ressources humaines pour conserver des spécimens de la nature ou des artefacts humains alors que, comme on l’entend parfois, une digitalisation à haute définition permettrait au travers d’une base de données de mettre nos collections facilement à disposition des étudiants, des chercheurs et du grand public. Après tout, la crise sanitaire nous a montré qu’il était possible de faire (presque) tout à distance !

Un des plus anciens manuscrits des collections de la bibliothèque de l’Université de Liège. Saint Jérôme, Liber quaestionum Hebraicarum – Bède dit le Vénérable, Quaestiones in libros regum, c. 830-834, manuscrit sur parchemin, Abbaye de Saint-Trond, ms 306.

La question posée ainsi un peu brutalement met en lumière l’importance fondatrice de l’objet dans la construction du savoir en tant que source première. Certes – il faudrait être stupide pour ne pas le reconnaître – une image à l’écran permet de faire des choses bien différentes de ce qu’autorise l’examen de l’objet physique, ne seraient-ce que l’agrandissement pour des objets de taille très réduite et la possibilité d’appliquer quantité de filtres permettant de dévoiler des détails imperceptibles autrement. La digitalisation permet aussi un archivage aisé et dispense dans certains cas de manipuler des objets fragiles.

Ces avantages liés aux nouvelles technologies sont indiscutables. Ce serait une démarche bien stérile que de vouloir opposer deux méthodes d’appréhension de l’objet qui sont en définitive complémentaires. S’il est des opérations que l’image digitalisée permet de réaliser plus facilement et mieux, voire peut-être des opérations qu’elle seule peut effectuer, il faudrait aussi se poser la question inverse. Existent-ils des domaines d’expérience qui ne seraient possibles que par une confrontation directe avec l’objet ?

On pourrait facilement évoquer ici des expériences relevant de l’émotion. Comment expliquer sinon que des amateurs d’art ayant pris une première connaissance d’une collection via une présentation digitale tiennent malgré tout à parcourir parfois des milliers de kilomètres pour découvrir les œuvres dans leur environnement naturel, sur un site archéologique ou dans une ville par exemple, ou dans le cadre d’un musée ? De même qu’un disque ne saurait remplacer l’expérience d’un concert, de même la confrontation directe d’un spectateur avec un objet est sans équivalent. Peut-être ce sentiment vient-il en partie du fait qu’on a conscience d’être devant un original et non une copie. Un élément important sur lequel je reviendrai.

Si l’on en vient à des considérations plus techniques, un des effets pervers de la présentation à l’écran est que ce dernier nivelle les perceptions. À commencer par les différences d’échelle. Tout a désormais la même taille ; une pièce de monnaie, un insecte, une statue, un tableau ou un squelette de baleine, tout est réduit à un module unique, celui de l’écran de l’ordinateur. Certaines observations sont impossibles à distance : soupeser un objet, en éprouver la texture, en tester l’odeur – pourquoi pas le goût ? –, observer les effets de la lumière changeante exigent un contact direct.

Les papyrus avant restauration.

Mais il y a plus. La connaissance uniquement digitale dépouille l’objet de sa matérialité. Les techniques permettant de transformer à volonté les images, mais aussi les sons, creusent toujours plus l’écart qu’il peut y avoir entre un objet matériel et sa représentation. Très rapidement après l’apparition de la photographie, on s’est légitimement questionné sur le rapport entre ce qui est montré et la réalité. Les progrès récents en matière de traitement de l’image autorisent désormais toutes les manipulations, toutes les transformations, toutes les créations aussi, qui peuvent passer pour un reflet fidèle de la réalité, souvent de manière indétectable (deep fakes).

En matière scientifique, l’objet, par sa matérialité, constitue un solide rempart contre les théories qui s’élaborent aujourd’hui sans aucune considérations pour les faits qui pourraient les soutenir ou les infirmer. Devant les manipulations, les distorsions que l’on peut faire subir à la représentation des objets, face à des affirmations fondées sur des expériences non reproductibles, les témoins matériels représentent une garantie, constituent le point de départ obligé – et le point de retour en cas de contestation – de toute construction du savoir. Dans un monde qui devient virtuel, il importe que la démonstration scientifique continue à s’ancrer dans une réalité matérielle et vérifiable. C’est en cela que la préservation des spécimens de la nature et des artefacts humains dans des institutions scientifiques est bien davantage qu’un luxe que pourraient se permettre les institutions les plus riches. C’est une nécessité démocratique !

En créant le Pôle muséal et culturel, l’Université de Liège a souhaité, via une coupole fédératrice, promouvoir le rôle de ces entités dans l’aide à l’enseignement et l’appui à la recherche. Le Pôle est ainsi un des éléments qui contribue au projet Pour une science ouverte ! qui est au cœur du programme de la Chaire UNESCO.

The role of the universities in the creation and dissemination of knowledge


This speech was delivered at the opening ceremony of the UNIC CityLabs Festival in Liège, 14 October 2021.


I’ve been invited by the organizers to say a few words on the role of the universities in the creation and dissemination of knowledge. It is an interesting question, especially in those times we live in.

If one considers the position of universities in a not-so-distant past, one quickly realizes that they had a privileged position in society. The discourse of universities was perhaps less prolific but certainly more respected. Now as is also the case for many emblematic places of symbolic power, universities are challenged by people who question their role as the ultimate source of knowledge and wisdom. In this, universities in a way experience what was the fate of the church in Europe’s history at least since the Age of Enlightenment.

Scholars are also confronted with people who, for different reasons, feel as legitimate to enter into the public debate. They of course cannot claim to have a particularly sharp technical experience, but they vigorously put forward the idea that knowledge can be constructed from different viewpoints, that is from different non-technical viewpoints. There is also a second group that is deeply critical of what scholars do, because scholars, according to their analysis, are compromised with what they simplistically call « the System ».

Complotist attitudes like these can very quickly compromise the role and the status of science in our society. Of course, to be honest, there are cases where scientists gradually lost the sense of limit between their own interest and the society interest, but it would be outrageously simplistic to generalize these cases that very hopefully remain marginal. In this respect, the pandemics is an extraordinary laboratory for those who are interested in how the public discourse takes form, develops and transforms itself. In this, the role of scholars was prominent for counseling the political deciders and explaining to the public what was happening. Such a situation was new for most scientists who quite instantly became kind of rock stars, popular figures with thousands of followers in the social media, becoming for some of them highly respected influencers. But there was also a dark side to this. Politicians and the general public have been increasingly critical on the experts’ role. According to them, the experts were crossing the line each time they did not stay in their advisory role and went public to challenge, criticize, and sometimes oppose the decisions made by the political deciders.

To its great surprise, the general public also discovered that scholars do not automatically agree on every point, that the scholarly debate is precisely the right to disagree. Of course, it would be more correct to say that scholars have the right to disagree, but according to the rules that regulate any scientific discussion. I’ll come back to this later.

The extraordinary diversity of perceptions on the role of the universities is probably nothing else than the mirror of the diversity of our modern societies. No one can any longer claim to have the ultimate legitimacy to say what is true and what is not. Look for instance at how information is created and disseminated nowadays. Everyone is now a potential producer of information. Everyone who has a modern phone and is connected to the internet can immediately reach to an audience that is potentially the planet, the whole world. And this, without any kind of filters.

In the last decade of the last century, it was already very easy to get information, but it remained difficult to disseminate information without having access to the traditional media: radio, tv, papers, publishers, and the like. You know what I have in mind. In a certain way, journalists are now in a position very similar to what I described for university scholars. They are no longer seen as the ultimate experts in how to handle information. As one can see at the time of the world cup, everyone is now an expert. In this ocean of true, half true, not so true, fake or deeply fake information, some media try to make what they call a fact checking. They of course do it with a pedagogical goal in mind. I mean it started with good intentions, but this is also questioned by a significant part of the readership who criticizes what they view as a self-proclaimed attitude of superiority in deciding who is wrong and who is right. Again a problem of legitimacy. The chaotic relations of Trump with the press and the social media are exemplative in this respect.

The UNIC alliance is one of the 48 alliances of European universities. What makes us truly unique is precisely how we want to take into account the superdiversity of our societies, not only to take into account, but to take advantage of it to create or better co-create with all actors who rightly feel legitimate to express their opinions in the public debate.

What is the particular role of the universities in this totally new process of creating knowledge? I previously said that scholars have the right to disagree on scientific matters, but certainly not in some chaotic way. To maintain the scientific discourse alive and the mutual respect between us, we disagree methodologically, according to a method we all agree upon. To say it with other words, we speak the same language.

Our responsibility as university leaders is to promote the methods of science, its epistemology. It is far more important than trying to assert, in a top-down attitude, what we believe to be the scientific wisdom, the scientific truth.

The role of universities, as I see it, is probably no longer to dictate the truth (remember the parallelism I made with the Church), but to make sure that the discussions are connected to observable and demonstrable facts, and proceed according to the basic rules of the critical method. Our responsibility as university leaders is to promote the methods of science, its epistemology. It is far more important than trying to assert, in a top-down attitude, what we believe to be the scientific wisdom, the scientific truth. The unique way to reconcile the public with some kind of rationality is by exposing and explaining our methodology, and by including the different constituting parts of our societies in the process.

This is what the CityLabs experience is all about. I would not say that it combines the top-down and bottom-up approaches, because I do not very much like these vertical metaphors. I personally feel more comfortable with the word dialectic, an old world connected to the old habit of the disputatio. I like the dialectic approach, made of back and forth movements. It probably won’t make the process of decision quicker, because it obviously takes time, but it is definitely more respectful of what we are and of what we want to do collectively.

And with this hope for our future, I wish you, I wish us an excellent festival.


Une Chaire UNESCO à l’Université de Liège

Au mois de juin, l’UNESCO annonçait que la candidature de l’Université de Liège à une Chaire UNESCO avait été favorablement évaluée et acceptée. Le thème de la Chaire est « Pour une science ouverte ! Les humanités au carrefour de l’interdisciplinarité ».

La presse s’en est fait timidement l’écho à la mi-juillet (La Libre Belgique du 15 juillet 2021). Il faut dire que le moment était mal choisi, puisque – mais faut-il le rappeler ? – la sortie de l’article a coïncidé avec les terribles inondations qui ont ravagé et endeuillé notre Province.

Au-delà des félicitations de circonstances, plusieurs membres de la communauté universitaire m’ont posé très candidement la question : c’est quoi une chaire UNESCO ? Question au demeurant légitime. Mes connaissances en la matière étaient pratiquement nulles il y a quelques années seulement.

En bref, une chaire UNESCO est confiée à un académique travaillant dans un établissement d’enseignement supérieur reconnu, à la suite d’un dépôt de candidature qui fait état d’une thématique, de partenaires et d’un programme d’activités. L’UNESCO, en tant qu’organisateur du réseau des chaires, n’accorde aucun moyen financier aux bénéficiaires des chaires. Cela posé, l’expérience montre que le label UNESCO – il en va de même des villes ou sites classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO – ouvre bien des portes, suscite des collaborations et fédère les énergies. Il permet d’aller chercher plus facilement des financements auprès de partenaires publics ou privés.
Un point important est la grande liberté laissé au titulaire de la Chaire dans la manière de conduire les activités de nature à atteindre les objectifs de la Chaire. En résumé, on pourrait dire que tout est bon : séminaires, formations, recherche, conférences, débats, manifestations artistiques, publications, intervention dans les médias.

Venons-en maintenant à la Chaire liégeoise. Elle s’insère dans une histoire qui remonte à 2017, date de la première Conférence mondiale des humanités qui s’était tenue à Liège. J’en étais alors le co-président du comité scientifique avec Chao Gejin, de l’Académie chinoise des sciences sociales. Une des recommandations de la Conférence portait sur les problèmes liés aux savoirs, à leur création, à leur validation, à leur évaluation, à leur diffusion, et à leur réception auprès de différents publics.

Le projet de Chaire a repris cette thématique générale en la plaçant dans un cadre plus large, celui de la science ouverte, domaine dans lequel l’ULiège avait déjà une longue tradition, notamment par son rôle pionnier en matière d’Open Access.

La crise sanitaire, divers mouvements sociétaux, mais aussi des phénomènes politiques d’ampleur internationale comme le Brexit, la présidence de Donal Trump, ont montré l’urgence de renouer avec la culture du débat en se fondant sur deux valeurs cardinales. Tout d’abord, il ne peut y avoir de débat qui ne tienne compte des faits une fois établis ; ensuite, il ne peut y avoir de débat sans esprit critique. Ces deux points fondent la méthodologie. À cela, il convient d’ajouter qu’il ne peut y avoir de débat en dehors du respect mutuel de ceux qui participent à la disputatio.
Une Chaire UNESCO ne se conçoit pas sans partenaires : en dehors d’un groupe de travail déjà constitué au sein de notre Institution, j’ai souhaité que la Ville et la Province soient associés à la Chaire. En dehors du fait que les trois entités avaient déjà travaillé ensemble à la réussite de la Conférence mondiale de 2017, nous croyons que les valeurs rappelées plus haut – démarche scientifique, esprit critique, respect mutuel – doivent être partagées dès le plus jeune âge. Il faut donc pouvoir animer la réflexion dans les écoles fondamentales et du secondaire.
Le Théâtre de Liège a accepté de nous rejoindre dans cette aventure, parce que nous croyons que l’art est un vecteur important dans la transmission des savoirs, qu’il est aussi un des lieux où se crée le savoir.
Enfin, nous avons développé pour l’occasion un partenariat avec l’Université de Kinshasa en République démocratique du Congo, ainsi qu’avec l’ERAIFT (École Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux), un centre de formation reconnu par l’UNESCO, également établi à Kinshasa, dont le rôle est d’assurer la formation des cadres africains dans les domaines du développement territorial et de l’agroforesterie.

Dans ce blog, j’aurais l’occasion au cours des semaines qui viennent de développer des thèmes d’actualité qui se relient à la Chaire.

L’ouverture académique de la Chaire aura lieu le 26 octobre, en présence de nombreuses personnalités. Un second événement suivra à Kinshasa en novembre pour souligner officiellement notre partenariat.

L’université et le climat

Depuis plusieurs semaines, les jeunes (et de moins jeunes) défilent pour le climat. Aux quatre coins de l’Europe, les manifestants réclament des politiques des actions concrètes et rapides pour stopper la dégradation des conditions climatiques. En Belgique, le mouvement connaît une ampleur particulière des deux côtés de la frontière linguistique.

À moins de deux mois des élections, le monde politique semble ne pas trop savoir comment répondre à ce qui pourrait devenir une tendance lourde de l’opinion publique pour les prochaines années. Il faut dire à la décharge des responsables que le public demande des solutions rapides (ce qui devrait plaire aux décideurs politiques, qui opèrent avec un horizon temporel étriqué), mais qui devraient nous engager sur le long terme (ce qui va à l’encontre des intérêts immédiats des mêmes décideurs politiques).

Et les universités dans tout cela ? On pourrait dire qu’on ne les a pas encore beaucoup vues, si l’on veut bien excepter quelques déclarations plus ou moins médiatisées. Seraient-elles à ce point indifférentes aux problèmes qui pèsent sur notre avenir à plus ou moins longue échéance ?

J’ai la faiblesse de penser que les universités sont au contraire très engagées. Mais elles le font à leur façon, c’est-à-dire de manière réfléchie, et dans la temporalité qui est la leur, c’est-à-dire en ayant devant les yeux le temps long, sans être obsédées par le moment immédiat. Je voudrais développer ici quelques axes où l’université peut montrer la voie. Ces axes correspondent à ses missions fondamentales : la recherche, l’enseignement et l’engagement citoyen au bénéfice de la société.

Les questions auxquelles nous sommes ici confrontés devront, à tout le moins en partie, recevoir des réponses techniques. Les laboratoires de recherche des universités sont engagés depuis de nombreuses années dans des activités innovantes destinées à améliorer, voire à révolutionner nos manières de se déplacer, de se chauffer, de se loger ou de s’alimenter. Cela se fait par nos activités en recherche fondamentale, mais aussi au travers de nos partenariats avec le monde de l’industrie et de l’entreprise pour valoriser les acquis de la recherche.

L’enseignement est un vecteur particulièrement adapté pour faire passer les résultats de la recherche, pour mobiliser nos étudiants et pour les engager à s’impliquer à leur tour dans des programmes de recherche en lien avec les préoccupations de la société. En dehors des cours, les travaux de laboratoire, les travaux de fin d’étude et les thèses de doctorat sont des moments forts où une recherche de pointe, encadrée par les enseignants, peut se développer.

Enfin, l’université se doit d’être exemplaire dans ses comportements. Elle peut le faire assez rapidement et facilement en favorisant de petits gestes au quotidien, en instaurant de bonnes pratiques pour les membres du personnel et les étudiants. De manière plus profonde, mais peut-être moins visible et moins immédiate, elle peut agir structurellement dans plusieurs domaines. Par exemple, par le biais des marchés publics, elle peut imposer aux entreprises qui soumissionnent des clauses liées à l’environnement. Mais c’est sans doute dans le domaine des infrastructures – immobilières notamment – qu’elle peut le mieux développer une politique éco-responsable en mettant en pratique les découvertes et les innovations de ses propres laboratoires de recherche. Le déploiement de l’Université de Liège sur quatre sites (Liège centre, Sart Tilman, Gembloux et Arlon) peut être perçu comme un écartèlement dommageable. Je le vois plutôt comme une opportunité, mais aussi comme un défi à trouver des solutions innovantes, par exemple pour la mobilité et le logement étudiant. Enfin, l’université compte en son sein des personnalités remarquables qui participent activement aux débats de société, soit comme experts pour apporter un avis autorisé sur des questions complexes, soit comme citoyens en intervenant dans les médias ou dans les réseaux sociaux.

Ces quelques éléments m’incitent à l’optimisme, mais un optimisme raisonnable. Ils me confortent aussi dans l’idée d’un dialogue retrouvé entre scientifiques, décideurs politiques et grand public. Dans un monde où le relativisme remet en cause des acquis fondamentaux de la science, il est temps que les scientifiques considèrent comme faisant partie intégrante de leurs missions la communication en dehors des cercles dans lesquels ils se meuvent habituellement.

C’est ensemble que nous pourrons le plus efficacement répondre aux défis qui nous attendent !

L’enjeu du développement durable à l’Université de Liège

L’Université de Liège s’est résolument engagée dans une politique rencontrant les objectifs du développement durable tels que définis par l’ONU (https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/). Une politique volontariste qui pose des gestes forts en faveur du développement durable s’inscrit naturellement au cœur des missions de notre université. Nous sommes convaincus que notre Université peut apporter une contribution significative au travers de ses principaux types d’activités.

Par sa recherche, l’ULiège alimente la réflexion des décideurs politiques et économiques en leur fournissant des études scientifiquement étayées sur les enjeux liés au développement durable. Elle contribue aussi très concrètement à concevoir et développer des solutions techniques innovantes, à réfléchir à de nouveaux modèles d’organisation favorisant de meilleures conditions de travail donnant un sens aux missions des uns et des autres, en rénovant, par exemple, ses structures et ses modes de gouvernance.

Dans son enseignement, l’ULiège doit avoir à cœur, là où c’est possible, d’intégrer la question du développement durable dans les matières enseignées. Cela peut prendre différentes formes : en dehors des formes plus classiques de cours, où une information peut déjà être diffusée, il est possible d’associer nos étudiants de manière très concrète en proposant la réalisation de projets, de travaux individuels ou collectifs, où les objectifs du développement durable pourront être abordés sous l’angle particulier des disciplines scientifiques enseignées. Je suis convaincu que tous les champs scientifiques disciplinaires peuvent apporter en cette matière une contribution originale.

Dans ses activités tournées vers l’extérieur, l’ULiège doit résolument prendre une part encore plus active dans le débat public. Elle peut le faire bien sûr au travers d’interventions de ses experts dans les médias et par l’organisation de et la participation à des manifestations diverses. Elle doit surtout favoriser l’engagement citoyen de tous les membres de la communauté universitaire.

Enfin, l’ULiège entend agir elle-même de manière très concrète en réexaminant ses pratiques dans plusieurs domaines : dans sa politique générale des infrastructures, dans la gestion de son parc immobilier, dans la gestion de tout son personnel de manière à favoriser les conditions propices au bien-être au travail, en veillant, pour ne citer qu’un exemple emblématique, à mettre en place une politique de mobilité tournée vers une meilleure gestion du temps et de nos ressources.

L’ULiège ne peut que se réjouir de l’implication des étudiants dans ce nouvel élan. Une première enquête destinée à identifier les actions en cours ainsi que les projets rentrant dans le cadre des objectifs du développement durable vient d’être lancée par notre Faculté de Gembloux Agro-BioTech. Les résultats en seront analysés et des propositions seront faites par l’Institution pour intégrer cette démarche facultaire dans une vision institutionnelle collective à laquelle nous contribuons déjà. A cet égard, il faut rappeler la mise en place d’un groupe de travail Développement Durable, piloté par moi-même et le Vice-recteur aux infrastructures immobilières et aux affaires étudiantes. Nous aurons l’occasion, Rudi Cloots et moi-même, de venir prochainement avec des propositions d’actions très concrètes.

Free Hamid !

Cela fait maintenant cinq ans que Hamid Babaei a été emprisonné en Iran. Hamid est un doctorant de notre université, inscrit à HEC. Il a été condamné pour « atteinte à la sécurité nationale » et accusé d’avoir refusé d’espionner d’autres étudiants iraniens en Belgique.

Chaque année, l’ULiège, en collaboration avec Amnesty International, se mobilise pour rappeler les conditions de cette incarcération et pour réclamer une libération immédiate de Hamid.

Au-delà du cas particulier de Hamid, cette situation nous rappelle que l’enseignement supérieur, avec la presse, est souvent l’une des premières cibles des gouvernements où les libertés démocratiques sont étroitement contrôlées. Ceci illustre en creux de manière exemplaire le rôle éminent des universités dans le maintien des libertés.

L’exercice de l’esprit critique, la liberté de choisir les sujets de recherche, la liberté d’en publier les résultats et de les diffuser le plus largement au travers des enseignements, l’intervention des universitaires dans les débats de société en mettant à disposition leur expertise, voici quelques missions essentielles au cœur de l’identité universitaire.

L’actualité récente nous rappelle aussi chaque jour la contribution des universités dans le décryptage de l’information et dans la déconstruction des vérités approximatives. Partout où cela est possible, il nous appartient de porter une parole libre, de combattre l’injustice, et de lutter pour la vérité. Ne l’oublions jamais !

Bon anniversaire : Orbi fête ses dix ans !

Le mardi 20 novembre avait lieu à l’Université de Liège la célébration des dix ans d’Orbi.

Ce fut l’occasion de jeter un regard dans le rétroviseur, mais surtout de provoquer un nouvel élan pour être à la hauteur des enjeux de l’Open science. Dans cet esprit de pleine liberté de chercher et de pleine liberté de communiquer, il est important bien sûr de maintenir l’outil à jour, de le moderniser, mais surtout de convaincre nos partenaires institutionnels, en Belgique, en Europe et dans le monde, de s’engager pleinement et sans réserve dans la voie de l’Open access.

Dans cette perspective, il apparaît de plus en plus clairement que l’Open data, c’est-à-dire la diffusion des données ayant rendu une recherche possible, devrait à terme devenir un maillon important dans le processus permettant la validation des résultats de toute recherche. Certes, comme l’ont rappelé plusieurs orateurs, le chantier est immense, les obstacles de toutes sortes (techniques, légaux, psychologiques) nombreux. Mais il appartient à la communauté scientifique de s’organiser, avec l’aide des pouvoirs publics, et de s’engager avec confiance dans un processus qui résume les valeurs fondamentales de la recherche dans lesquelles nous croyons.

Les dix ans de l’UniGr et la constitution d’universités européennes

Le 13 novembre avait lieu à Saarbrucken la célébration des 10 ans de l’UniGr (Université de la Grande Région), un réseau regroupant les universités de Kaiserslautern, de Liège, de Lorraine, de Luxembourg, de la Sarre et de Trèves. Il y avait aussi la tenue d’un conseil d’administration au cours duquel fut examinée l’opportunité de présenter la candidature du réseau en réponse au call récemment lancé par l’UE sur la constitution d’universités européennes.