Développement durable

L’université et le climat

Depuis plusieurs semaines, les jeunes (et de moins jeunes) défilent pour le climat. Aux quatre coins de l’Europe, les manifestants réclament des politiques des actions concrètes et rapides pour stopper la dégradation des conditions climatiques. En Belgique, le mouvement connaît une ampleur particulière des deux côtés de la frontière linguistique.

À moins de deux mois des élections, le monde politique semble ne pas trop savoir comment répondre à ce qui pourrait devenir une tendance lourde de l’opinion publique pour les prochaines années. Il faut dire à la décharge des responsables que le public demande des solutions rapides (ce qui devrait plaire aux décideurs politiques, qui opèrent avec un horizon temporel étriqué), mais qui devraient nous engager sur le long terme (ce qui va à l’encontre des intérêts immédiats des mêmes décideurs politiques).

Et les universités dans tout cela ? On pourrait dire qu’on ne les a pas encore beaucoup vues, si l’on veut bien excepter quelques déclarations plus ou moins médiatisées. Seraient-elles à ce point indifférentes aux problèmes qui pèsent sur notre avenir à plus ou moins longue échéance ?

J’ai la faiblesse de penser que les universités sont au contraire très engagées. Mais elles le font à leur façon, c’est-à-dire de manière réfléchie, et dans la temporalité qui est la leur, c’est-à-dire en ayant devant les yeux le temps long, sans être obsédées par le moment immédiat. Je voudrais développer ici quelques axes où l’université peut montrer la voie. Ces axes correspondent à ses missions fondamentales : la recherche, l’enseignement et l’engagement citoyen au bénéfice de la société.

Les questions auxquelles nous sommes ici confrontés devront, à tout le moins en partie, recevoir des réponses techniques. Les laboratoires de recherche des universités sont engagés depuis de nombreuses années dans des activités innovantes destinées à améliorer, voire à révolutionner nos manières de se déplacer, de se chauffer, de se loger ou de s’alimenter. Cela se fait par nos activités en recherche fondamentale, mais aussi au travers de nos partenariats avec le monde de l’industrie et de l’entreprise pour valoriser les acquis de la recherche.

L’enseignement est un vecteur particulièrement adapté pour faire passer les résultats de la recherche, pour mobiliser nos étudiants et pour les engager à s’impliquer à leur tour dans des programmes de recherche en lien avec les préoccupations de la société. En dehors des cours, les travaux de laboratoire, les travaux de fin d’étude et les thèses de doctorat sont des moments forts où une recherche de pointe, encadrée par les enseignants, peut se développer.

Enfin, l’université se doit d’être exemplaire dans ses comportements. Elle peut le faire assez rapidement et facilement en favorisant de petits gestes au quotidien, en instaurant de bonnes pratiques pour les membres du personnel et les étudiants. De manière plus profonde, mais peut-être moins visible et moins immédiate, elle peut agir structurellement dans plusieurs domaines. Par exemple, par le biais des marchés publics, elle peut imposer aux entreprises qui soumissionnent des clauses liées à l’environnement. Mais c’est sans doute dans le domaine des infrastructures – immobilières notamment – qu’elle peut le mieux développer une politique éco-responsable en mettant en pratique les découvertes et les innovations de ses propres laboratoires de recherche. Le déploiement de l’Université de Liège sur quatre sites (Liège centre, Sart Tilman, Gembloux et Arlon) peut être perçu comme un écartèlement dommageable. Je le vois plutôt comme une opportunité, mais aussi comme un défi à trouver des solutions innovantes, par exemple pour la mobilité et le logement étudiant. Enfin, l’université compte en son sein des personnalités remarquables qui participent activement aux débats de société, soit comme experts pour apporter un avis autorisé sur des questions complexes, soit comme citoyens en intervenant dans les médias ou dans les réseaux sociaux.

Ces quelques éléments m’incitent à l’optimisme, mais un optimisme raisonnable. Ils me confortent aussi dans l’idée d’un dialogue retrouvé entre scientifiques, décideurs politiques et grand public. Dans un monde où le relativisme remet en cause des acquis fondamentaux de la science, il est temps que les scientifiques considèrent comme faisant partie intégrante de leurs missions la communication en dehors des cercles dans lesquels ils se meuvent habituellement.

C’est ensemble que nous pourrons le plus efficacement répondre aux défis qui nous attendent !

L’enjeu du développement durable à l’Université de Liège

L’Université de Liège s’est résolument engagée dans une politique rencontrant les objectifs du développement durable tels que définis par l’ONU (https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/). Une politique volontariste qui pose des gestes forts en faveur du développement durable s’inscrit naturellement au cœur des missions de notre université. Nous sommes convaincus que notre Université peut apporter une contribution significative au travers de ses principaux types d’activités.

Par sa recherche, l’ULiège alimente la réflexion des décideurs politiques et économiques en leur fournissant des études scientifiquement étayées sur les enjeux liés au développement durable. Elle contribue aussi très concrètement à concevoir et développer des solutions techniques innovantes, à réfléchir à de nouveaux modèles d’organisation favorisant de meilleures conditions de travail donnant un sens aux missions des uns et des autres, en rénovant, par exemple, ses structures et ses modes de gouvernance.

Dans son enseignement, l’ULiège doit avoir à cœur, là où c’est possible, d’intégrer la question du développement durable dans les matières enseignées. Cela peut prendre différentes formes : en dehors des formes plus classiques de cours, où une information peut déjà être diffusée, il est possible d’associer nos étudiants de manière très concrète en proposant la réalisation de projets, de travaux individuels ou collectifs, où les objectifs du développement durable pourront être abordés sous l’angle particulier des disciplines scientifiques enseignées. Je suis convaincu que tous les champs scientifiques disciplinaires peuvent apporter en cette matière une contribution originale.

Dans ses activités tournées vers l’extérieur, l’ULiège doit résolument prendre une part encore plus active dans le débat public. Elle peut le faire bien sûr au travers d’interventions de ses experts dans les médias et par l’organisation de et la participation à des manifestations diverses. Elle doit surtout favoriser l’engagement citoyen de tous les membres de la communauté universitaire.

Enfin, l’ULiège entend agir elle-même de manière très concrète en réexaminant ses pratiques dans plusieurs domaines : dans sa politique générale des infrastructures, dans la gestion de son parc immobilier, dans la gestion de tout son personnel de manière à favoriser les conditions propices au bien-être au travail, en veillant, pour ne citer qu’un exemple emblématique, à mettre en place une politique de mobilité tournée vers une meilleure gestion du temps et de nos ressources.

L’ULiège ne peut que se réjouir de l’implication des étudiants dans ce nouvel élan. Une première enquête destinée à identifier les actions en cours ainsi que les projets rentrant dans le cadre des objectifs du développement durable vient d’être lancée par notre Faculté de Gembloux Agro-BioTech. Les résultats en seront analysés et des propositions seront faites par l’Institution pour intégrer cette démarche facultaire dans une vision institutionnelle collective à laquelle nous contribuons déjà. A cet égard, il faut rappeler la mise en place d’un groupe de travail Développement Durable, piloté par moi-même et le Vice-recteur aux infrastructures immobilières et aux affaires étudiantes. Nous aurons l’occasion, Rudi Cloots et moi-même, de venir prochainement avec des propositions d’actions très concrètes.