Une Chaire UNESCO à l’Université de Liège

Une Chaire UNESCO à l’Université de Liège

Au mois de juin, l’UNESCO annonçait que la candidature de l’Université de Liège à une Chaire UNESCO avait été favorablement évaluée et acceptée. Le thème de la Chaire est « Pour une science ouverte ! Les humanités au carrefour de l’interdisciplinarité ».

La presse s’en est fait timidement l’écho à la mi-juillet (La Libre Belgique du 15 juillet 2021). Il faut dire que le moment était mal choisi, puisque – mais faut-il le rappeler ? – la sortie de l’article a coïncidé avec les terribles inondations qui ont ravagé et endeuillé notre Province.

Au-delà des félicitations de circonstances, plusieurs membres de la communauté universitaire m’ont posé très candidement la question : c’est quoi une chaire UNESCO ? Question au demeurant légitime. Mes connaissances en la matière étaient pratiquement nulles il y a quelques années seulement.

En bref, une chaire UNESCO est confiée à un académique travaillant dans un établissement d’enseignement supérieur reconnu, à la suite d’un dépôt de candidature qui fait état d’une thématique, de partenaires et d’un programme d’activités. L’UNESCO, en tant qu’organisateur du réseau des chaires, n’accorde aucun moyen financier aux bénéficiaires des chaires. Cela posé, l’expérience montre que le label UNESCO – il en va de même des villes ou sites classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO – ouvre bien des portes, suscite des collaborations et fédère les énergies. Il permet d’aller chercher plus facilement des financements auprès de partenaires publics ou privés.
Un point important est la grande liberté laissé au titulaire de la Chaire dans la manière de conduire les activités de nature à atteindre les objectifs de la Chaire. En résumé, on pourrait dire que tout est bon : séminaires, formations, recherche, conférences, débats, manifestations artistiques, publications, intervention dans les médias.

Venons-en maintenant à la Chaire liégeoise. Elle s’insère dans une histoire qui remonte à 2017, date de la première Conférence mondiale des humanités qui s’était tenue à Liège. J’en étais alors le co-président du comité scientifique avec Chao Gejin, de l’Académie chinoise des sciences sociales. Une des recommandations de la Conférence portait sur les problèmes liés aux savoirs, à leur création, à leur validation, à leur évaluation, à leur diffusion, et à leur réception auprès de différents publics.

Le projet de Chaire a repris cette thématique générale en la plaçant dans un cadre plus large, celui de la science ouverte, domaine dans lequel l’ULiège avait déjà une longue tradition, notamment par son rôle pionnier en matière d’Open Access.

La crise sanitaire, divers mouvements sociétaux, mais aussi des phénomènes politiques d’ampleur internationale comme le Brexit, la présidence de Donal Trump, ont montré l’urgence de renouer avec la culture du débat en se fondant sur deux valeurs cardinales. Tout d’abord, il ne peut y avoir de débat qui ne tienne compte des faits une fois établis ; ensuite, il ne peut y avoir de débat sans esprit critique. Ces deux points fondent la méthodologie. À cela, il convient d’ajouter qu’il ne peut y avoir de débat en dehors du respect mutuel de ceux qui participent à la disputatio.
Une Chaire UNESCO ne se conçoit pas sans partenaires : en dehors d’un groupe de travail déjà constitué au sein de notre Institution, j’ai souhaité que la Ville et la Province soient associés à la Chaire. En dehors du fait que les trois entités avaient déjà travaillé ensemble à la réussite de la Conférence mondiale de 2017, nous croyons que les valeurs rappelées plus haut – démarche scientifique, esprit critique, respect mutuel – doivent être partagées dès le plus jeune âge. Il faut donc pouvoir animer la réflexion dans les écoles fondamentales et du secondaire.
Le Théâtre de Liège a accepté de nous rejoindre dans cette aventure, parce que nous croyons que l’art est un vecteur important dans la transmission des savoirs, qu’il est aussi un des lieux où se crée le savoir.
Enfin, nous avons développé pour l’occasion un partenariat avec l’Université de Kinshasa en République démocratique du Congo, ainsi qu’avec l’ERAIFT (École Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux), un centre de formation reconnu par l’UNESCO, également établi à Kinshasa, dont le rôle est d’assurer la formation des cadres africains dans les domaines du développement territorial et de l’agroforesterie.

Dans ce blog, j’aurais l’occasion au cours des semaines qui viennent de développer des thèmes d’actualité qui se relient à la Chaire.

L’ouverture académique de la Chaire aura lieu le 26 octobre, en présence de nombreuses personnalités. Un second événement suivra à Kinshasa en novembre pour souligner officiellement notre partenariat.